02/11/2009

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Incroyable guppy


Par le Dr Peter Burgess

De tous les poissons d'aquarium tropicaux, le guppy est sans aucun doute le plus célèbre. Des millions de guppies sont vendus chaque année aux aquariophiles du monde entier. Sa petite taille, son endurance, sa grande vigueur et sa disposition pour la reproduction en captivité sont les raisons de sa popularité. Mais son plus grand attrait réside dans les couleurs magnifiques et variées du mâle.

Les guppies sont originaires du nord du Brésil, du Venezuela et de la Guyane en Amérique du Sud, mais aussi de quelques îles des Antilles. A l'état sauvage, l'habitat naturel de ces espèces sont les rivières, les courants et les étangs d'eau douce. Ils peuvent aussi vivre dans les eaux légèrement salines (saumâtres) que l'on trouve dans les lagunes côtières.


Elevage commercial des guppies

Pour satisfaire le marché de l'aquariophilie, les guppies sont de nos jours élevés dans de nombreuses parties du monde (par ex. en Floride, au Sri Lanka, à Singapour et en Tchécoslovaquie). L'élevage du guppy est une industrie aux retombées économiques importantes pour certains pays, où les zones rurales fourniraient autrement peu d'emplois. Singapour est un important producteur de ces espèces grâce à plusieurs fermes piscicoles, consacrées à l'élevage et la reproduction des guppies.

Une cinquantaine d'années d'élevage sélectif a conduit à la création de douzaines de variétés de guppies, toutes différentes par leur couleur et la forme de leurs nageoires. Parmi ces dernières, nous trouvons les formes albinos (non pigmentées) et xanthiques (dorées).


Une espèce en évolution ?

En plus de l'attrait de l'aquariophile, le guppy a été l'objet d'un nombre considérable de recherches scientifiques. Il existe, sur l'île caraïbe de la Trinidad, des guppies à l'état sauvage dignes de l'intérêt des spécialistes en comportement et génétique piscicoles. La chaîne montagneuse du nord de la Trinidad est l'habitat naturel de populations de guppies, chacune cantonnée dans un réseau fluvial bien déterminé. Des études en laboratoire et sur le terrain ont démontré que beaucoup de ces populations isolées diffèrent non seulement en taille et en couleur, mais aussi par le comportement grégaire et la constitution génétique. Certaines différences ont été mises en corrélation avec des niveaux de prédation différents chez les poissons plus gros. A titre d'exemple, les guppies mâles des rivières à faible taux de poissons prédateurs sont de taille plus importante et sont plus colorés que les mâles vivant dans des rivières au taux de prédation élevé. Les guppies mâles plus gros et plus colorés attirent davantage les femelles mais leur apparence plus voyante les rend également plus visibles des poissons prédateurs, tels que l'acara bleu (un type de cichlidé) et le rivulus géant de la Trinidad (un type de fondule). Les scientifiques pensent que ces populations isolées de guppies pourraient bien manifester les premiers stages d'évolution vers des espèces différentes.


Conservation du guppy

À la Trinidad, l'impact des humains sur les rivières, habitat des guppies, est source d'inquiétude. Pollution, construction de barrages, exploitation forestière et approvisionnement d'eau pour usage ménager sont les perturbations de l'environnement des rivières mises en lumière par des rapports d'experts. Une menace supplémentaire est l'introduction de poissons exotiques, tel que le tilapia africain (un cichlidé). Les tilapias sont élevés dans de nombreux pays tropicaux car ils représentent une source de protéines alimentaires bon marché. Malheureusement, les tilapias sont des prédateurs pour les guppies. Suite à la collecte de Peter Burgess et Stan McMahon (Université de Plymouth) à la Trinidad et Tobago, lors d'une étude de terrain financée par Aquarian®, de réels progrès ont pu être faits dans le développement en captivité d'une population de guppies de la Trinidad.

Des populations de guppies sauvages sont maintenues par différents jardins zoologiques, tels que les Zoo de Bristol et de Londres, ainsi que par des aquariophiles expérimentés. Il y a bon espoir qu'un programme coordonné de reproduction sauvera de l'extinction les variétés uniques de guppies sauvages, même si leur habitat naturel est détruit.


Un poisson vivipare

Le guppy appartient à l'une de ces quelques 950 espèces de poissons osseux et cartilagineux qui sont vivipares. Le guppy mâle possède une nageoire anale modifiée, du nom de gonopode (organe copulatoire), qu'il utilise pour déposer le sperme à l'intérieur de la femelle. Après l'accouplement, le sperme du mâle peut soit fertiliser les oeufs immédiatement, ou être conservé dans l'ovaire de la femelle pour une fertilisation ultérieure. La femelle guppy peut donc produire plusieurs naissains à partir d'un seul accouplement. La viviparité chez les poissons se distingue des autres espèces animales car c'est l'ovaire, et non l'utérus, qui est le centre de la fertilisation et du développement des jeunes. Animal ectotherme (à sang froid), la période de gestation du guppy est influencée par la température de l'eau. Par exemple, la période entre les naissains est d'environ 28 jours à une température de 27°C, jusqu'à 39 jours à 20°C. La femelle donne généralement naissance à entre 10 et 100 jeunes, complètement formés et capables de nager et de se nourrir immédiatement. L'alevin peut atteindre sa maturité sexuelle en deux ou trois mois. Le molly, le xipo (porte-épée) et le platy sont d'autres poissons vivipares populaires.


Le guppy, arme de combat contre le paludisme

Les guppies font partie de ces espèces dont le régime alimentaire comprend l'état larvaire aquatique des moustiques. L'appétit du guppy pour ces larves a été mis à profit dans de nombreuses régions tropicales où les moustiques transmettent la malaria aux humains. Afin de contrôler la propagation de la malaria, des guppies ont été introduits dans le sud de l'Europe, en Afrique du Nord, à Madagascar, en Inde, en Malaisie et dans bien d'autres régions.


D'où vient le nom du guppy ?

En 1866, un anglais du nom de Robert John Lechmere Guppy attrapait quelques poissons aux couleurs vives dans la rivière Sainte-Anne à la Trinidad. Il en fit don au Dr Albert Gunther, alors directeur du Musée d'histoire naturelle de Londres. Gunther, les croyant d'une espèce nouvelle, les nomma Girardinus guppyi. L'histoire nous révèle cependant que cette espèce avait déjà été décrite en 1859, grâce à des spécimens collectés au Venezuela, par le Dr Wilhelm Peters, qui l'avait appelé Poecilia reticulata. Le nom scientifique d'un organisme n'est pas quelque chose d'indélébile, et c'est particulièrement vrai pour le guppy qui se vit attribuer douze noms scientifiques différents ! Le changement de nom le plus récent du guppy se produisit en 1963, quand il subit un reclassement de Lebistes reticulas à Poecilia reticulata, son nom original. Le nom commun « guppy » est resté en usage, en l'honneur de la découverte de M. Guppy. Les spécimens originaux collectés par M. Guppy sont conservés dans un petit bocal en verre au Musée d'histoire naturelle de Londres.